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Ralentir nos vies

Dernière mise à jour : 23 août 2024


Ralentir nos vies


Le monde va vite, nos vies s’accélèrent inexorablement, et même si par moments nous désirons ralentir la cadence, pris par nos vies, nos boulots et le quotidien, nous continuons d’avancer sur le tapis roulant de notre temps qui passe si vite.


Les technologies que nous maîtrisons sont là pour nous rappeler que nous sommes connectés à notre monde, que nous ne sommes pas largués par le temps de la modernité, que tout va bien car nous consommons, donc nous vivons.


Autant la technologie a pour but de nous faciliter la vie, autant elle bouscule également notre temps et nos désirs de simplicité. Il n’a jamais été aussi compliqué de faire simple. Ralentir nos vies, c’est enfin avoir le privilège de regarder le temps passer sans avoir l’impression de le perdre. Ralentir est devenu pour beaucoup une obligation de bien-être, mais aussi un luxe difficile à acquérir.


Mais comment ai-je réussi à ralentir ma vie ? La réponse est simple : je me suis appliqué dès mon plus jeune âge à ne pas aller trop vite ! Très tôt, j’ai eu ce don pour la contemplation, don que j’ai entretenu et développé avec le temps.


Mes parents ont été les acteurs majeurs de mon développement personnel. Grâce à eux, j’ai eu la possibilité non pas d’avoir tout ce que je voulais, mais d’avoir le temps dont j’avais besoin pour me construire. Car oui, observer le temps est une entreprise, et comme dans toutes entreprises, il faut faire un investissement de départ. C’est exactement ce que mes parents m’ont offert : du temps et même beaucoup de temps.


À l’école, l’Éducation nationale a mis à ma disposition une fenêtre et un radiateur pour que je puisse m’initier à l’observation des arbres, de la pluie, du soleil, des nuages et de leurs ombres sur la terre. Mais surtout, c’est grâce à l’Éducation nationale que j’ai commencé à observer le temps qui passe.


Ce n’est pas simple car il y a souvent d’autres enfants dans la même pièce que vous. Et tous ces enfants ont d’autres occupations et d'autres objectifs que vous. Occupations pas toujours compatibles avec la quiétude que nécessite l’apprentissage de l’observation du temps qui passe.


Pour un cancre… oui, c’est comme ça qu’ils disent… tout cela demande beaucoup de concentration. Par moments, un de mes professeurs, sous prétexte d’une mauvaise réponse concernant « un trou dans une baignoire qui se vidait trop vite ou trop lentement, je sais plus », avait la gentillesse de me demander d’aller, seul, dans le coin de la pièce pour que je puisse travailler dans les meilleures conditions possibles. Ce petit moment à l’écart de ma fenêtre et de mon radiateur me permettait de me reconcentrer, de me reconnecter avec le temps qui passe, mais aussi de me dégourdir les jambes… merci à eux !


Il y avait également des moments où je pouvais être plus tranquille pour étudier et contempler le temps qui passe. Les autres appelaient cela « vacances scolaires ». Je n’ai jamais trop compris tout ça ! Pas de place pour les vacances quand on étudie le temps qui passe.


C’est également à ce moment que l’on m’a expliqué que le métier de rêveur, métier vers lequel je me dirigeais, n’était pas simple et même que ce métier n’existait pas. Mais motivé par les perspectives d’avenir et les débouchés, j’ai décidé de poursuivre mes études après le primaire, et c’est au collège que je suis devenu un rêveur confirmé. Mes camarades appelaient cela aussi "glandeur" ou "branleur". Mais je préfère dire rêveur.


Rêveur, c’est très dur ! Non pas par manque d’inspiration ni par manque de courage (et il en faut !), mais les rêveurs sont également constamment dérangés par les autres.


Rêver est une activité qui demande beaucoup de concentration et une grande discipline pour ne pas se laisser emporter par d’autres activités, car, croyez-moi, les sollicitations sont grandes : « Travaille plus, fais tes devoirs, travaille bien à l’école et tu pourras faire de belles études, tu auras une grande maison… ». Mais je fais déjà des études moi ! Et je ne peux pas travailler plus, je rêve déjà du matin jusqu’au soir…


Plus tard, une fois de solides bases de rêveur acquises, j’ai entamé des études supérieures, des études pour faire de mes passions ma vie professionnelle afin que mes rêves deviennent réalité. Mais les études supérieures de passionnés professionnels sont longues et complexes. Après de nombreuses années d’études, j’ai réussi à acquérir suffisamment de compétences pour poursuivre ma vie de rêveur.


Je suis passé expert en plongée sous-marine, photographie, vidéo, navigation à la voile, voyages… J’ai enfin acquis toutes les compétences pour exercer mon métier le mieux possible : vous faire rêver, vous aussi ! Car tout le monde a le droit et le devoir de rêver ! C’est juste que certains ont besoin d’un petit coup de pouce… Voilà ma vie, voilà mon travail, je suis rêveur à temps plein.


Mais revenons au ralentissement de nos vies, car c’est bien de cela qu’il s’agit aujourd’hui.


Ralentir sa vie n’est pas simple, et tout le monde n’a pas mon entraînement. Je vous entends déjà : « J’ai des enfants à nourrir, à éduquer, j’ai un boulot, un patron, un crédit… » Je vous rassure, ce ne sont pas des contraintes mais juste une vie bien remplie. Et tout cela ne vous empêchera pas de ralentir votre vie. Ralentir ne veut pas dire s’arrêter, ne veut pas dire tout changer.


Ralentir est une philosophie de vie, une philosophie vie dans laquelle vous avez la liberté de choisir de faire différemment. Avant de vous précipiter pour changer de vie, et surtout avant de vous précipiter sur internet pour voir comment les autres ont fait pour changer de vie, changez vos habitudes, changez votre vision du monde qui vous entoure.


Faites une introspection de ce qui est important pour vous. Pas ce que certains influenceurs vous suggèrent avec leur vie paradisiaque sur un bateau sous les tropiques. Ce n’est pas de partir vivre sur un voilier et de vouloir faire le tour du monde qui va ralentir vos vies. Le changement est souvent au coin de la rue. Un grand voyage n’est pas forcément un changement de vie, c’est changer de point de vue qui vous fera vivre un grand voyage, là, peut-être juste à côté de chez vous.


Pour moi, vivre et voyager sur un voilier est normal, c’est la suite logique de ma vie. Je n’ai jamais vraiment changé de vie, j’ai juste suivi ce que j’ai entrepris depuis mon enfance. Il n’y a aucun exploit, aucun courage particulier à faire ce que je fais, c’est mon métier de vivre comme je le fais.


Ralentir est souvent synonyme de reconnexion avec ce qui est « vrai ». Cette reconnexion est souvent en lien avec la nature. Mais souvent, ce qui est authentique existe là, juste en bas de chez vous. Et oui, même dans les grandes villes, car il y a des choses et des gens authentiques partout.


Les réseaux sociaux ont tendance à vouloir guider nos envies et nos choix de vie, mais la liberté n’existe pas de l’autre côté de la Terre si vous restez enfermé dans le même schéma de pensée.


Je rencontre beaucoup de personnes qui voyagent en bateau pour fuir certains modes de vie modernes et citadins. La fuite est comme la peur ! C’est un écran brumeux. Un écran qui effacera les beautés de là où vous allez. Beaucoup ne partent pas vraiment en fait, ils veulent juste reproduire leur vie terrestre, mais sur l’eau, avec internet, télévision et tout le confort à bord.


Alors comment ralentir une vie quand vous avez l’impression de vivre à 200 km/h et de ne pas voir où passe votre temps ?


C’est simple ! Prenez la prochaine sortie de cette autoroute qui ne vous satisfait plus. Vous râlez à chaque fois qu’il faut payer au péage ? Bah… Sortez de l'autoroute et roulez plus doucement, ouvrez les fenêtres, respirez, ne mangez plus sur une aire d’autoroute mais à l’ombre d’une forêt calme. C’est vous qui avez le volant de votre vie.


Par cette route, vous arriverez au même endroit que par l’autoroute : chez vos amis, chez vos parents, sur le lieu de vos vacances. Vous y arriverez en ayant vécu quelque chose de différent, vous y arriverez, oui, mais plus lentement…


Texte : Valéry PLATON

1 Comment


jlr78
Aug 22, 2024

Hymne au rêve plein d’humour, sans humeur et sincère.

Philosophie sérieuse du ralenti pleine de poésie

Le savoir-être est un don. Le savoir vivre s’apprend.

De son don il a appris à vivre

Valéry suggère qu’une porte peut s’ouvrir.

J’entends aussi à travers ses mots qu’aller vers les autres

c’est aussi aller vers soi,

C’est découvrir l’inattendu et l’impromptu.

Se découvrir.

Il me rappelle les vers d’Invictus

« je suis le maître de mon destin, je suis le capitaine de mon âme »

Écrire c’est ralentir

Lire c’est ralentir

Méditer c’est ralentir

Penser ouvre la porte des rêves

Rêver c’est ouvrir les portes invisibles

Vivre c’est quitter le couloir étroit …

Par les portes de ses rêves

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PHOTOGRAPHE - NAVIGATEUR - PLONGEUR
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